Histoire du projet

Après les actes terroristes de Bruxelles, Paris et Copenhague, frappée par l’islamophobie et l’antisémitisme croissants en Europe, j’ai voulu créer un « outil ». Cet outil, je lui ai donné le nom de Coexista. C’est un simple bracelet, qui appelle à la liberté d’expression, à la tolérance, à la fraternité et à la coexistence pacifique entre citoyens du monde, quelle que soit leur foi ou leur absence de foi.

Nina Grünfeld, août 2015.

 

Lorsqu’on regarde les journaux télévisés ou que l’on lit la presse, on peut avoir le sentiment que le monde est peuplé d’extrémistes en quête de guerres et de conflits. En Norvège et en Occident l’accent est mis sur le fondamentalisme, les conflits dont souffrent les minorités, les problèmes posés par l’immigration.

La plupart êtres humains souhaitent la paix et l’acceptation de l’autre, pour eux mêmes, pour leur famille et leurs concitoyens. Une petite minorité de musulmans sont sympathisants de l’état islamique ou du fondamentalisme islamiste. De très nombreux juifs sont critiques à l’égard de la politique d’occupation menée par le gouvernement israélien. Pourtant, on peut, dans les médias norvégiens et occidentaux, avoir l’impression du contraire : que tous les juifs et tous les musulmans sont des religieux fanatiques, alors qu’en vérité, c’est l’inverse. La plupart d’entre eux vivent de façon séculaire, certains ont des traditions familiales issues d’une culture religieuse, tout comme la plupart des Norvégiens et des Européens, qui fêtent Noël et Pâques, dont les origines sont chrétiennes.

 

L’IDEE
L’idée de Coexista m’est venue pendant l’hiver 2015 alors que je filmais la reconstruction d’une scène de mon nouveau documentaire « Ninas barn » (Les enfants de Nina). Le hasard a voulu que ce soit juste après les attentats contre Charlie Hebdo et le supermarché kascher à Paris, et quelques semaines plus tard, contre le centre culturel Krudtoennen et la synagogue de Copenhague.
Le film et le livre « Les enfants de Nina » racontent l’histoire de l’institution qui a caché des enfants juifs à Oslo pendant la deuxième guerre mondiale. Mon père Berthold était l’un de ces enfants et c’est en hommage à Nina Meyer, la femme qui a fondé et tenu ce foyer, que je dois mon prénom. La scène que je m’apprêtais à filmer me représentait, étudiante à Copenhague, lors d’une visite à Nina Meyer. Nous avions parlé de la guerre, elle m’avait raconté des anecdotes passionnantes. Nina Meyer n’était pas croyante, mais ce jour là elle me fit cadeau d’un pendentif, une étoile de David en argent, ornée en son centre d’une pierre verte. J’ai gardé ce bijou précieusement, mais ne l’ai que très peu porté.

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En savoir plus sur le film et le livre « Les enfants de Nina », ici.

Dans ce contexte particulier, absorbée par la réalisation du film et touchée par les attentats, j’ai eu envie de retrouver ce pendentif. L’émotion  que j’ai ressentie quand j’ai attaché la chaîne autour de mon cou fut si forte que j’en ai pris une photo et l’ai postée sur Facebook. Pour la première fois, je portais l’étoile de David avec une fierté naturelle, mais aussi avec la conscience que j’exprimais là quelque chose de ma personne et de mon identité. Mon post a reçu plusieurs centaines de likes et d’innombrables commentaires de soutien. J’en ai été émue.

Le 21 février 2015, peu de temps après les attentats à Paris et à Copenhague, un groupe de musulmans prenait l’initiative à Oslo de faire un cercle de la paix (fredens ring) autour de la synagogue de la ville. Ils manifestaient leur refus de la violence, du terrorisme et de l’extrémisme, et voulaient démontrer que les musulmans ne sont pas les ennemis des juifs.

skjermbilde-2016-10-31-kl-23-02-37A la suite de cet événement, et de mon post sur Facebook j’ai été invitée par la radio NRK à rencontrer Zeeshan Abdullah, un des organisateurs du cercle de la paix. L’écouter parler a été une expérience formidable et pleine d’enseignements. Il a su trouver les mots pour dire à quel point il est déraisonnable de penser que les musulmans puissent avoir à se sentir responsables du terrorisme et de l’extrémisme qui sévit au nom de l’Islam, et que les jeunes musulmans perçoivent bien la différence entre l’antisémitisme et la critique sur Israël. C’est au cours de cet échange qu’il m’est paru évident que nous avons besoin d’un symbole qui puisse être porté par tous pour exprimer notre refus de l’islamophobie, de l’antisémitisme et des extrémismes.
Ce dont nous avons cruellement besoin, ce n’est pas de grands titres sensationnels et choquants, qui conduisent à plus de défiance et de conflits, mais au contraire, de mettre en lumière les idées et les pratiques constructives, comme ce fut le cas avec le cercle de la paix. C’est dans cet esprit que Coexista a vu le jour, et son intention est de montrer qu’encourager la tolérance et la cohabitation pacifique, c’est positif et c’est cool.

EXPERIENCE PERSONNELLE
Je suis portée, au delà de mon désir de donner plus de visibilité aux  forces constructives de nos sociétés, par des expériences personnelles qui motivent mon intérêt pour cette thématique. En 2006 des représentants de la Direction Centrale de la Sécurité Publique norvégienne sont venus dire à mes parents qu’ils devaient quitter leur logement. Le nom de mon père, expert médico légal à l’époque, figurait en tête de liste du projet de d’expulsion d’un musulman radicalisé qu’il avait croisé au tribunal. Le fait qu’il soit juif était un motif d’inquiétude supplémentaire pour la police. Cette expérience fut pénible pour nous tous, et raviva, particulièrement pour mon père, des souvenirs douloureux.

AUJOURD’HUI
La société occidentale contemporaine est peuplée d’une multitude de minorités. Parmi les moins nombreux on trouve les juifs, parmi les plus nombreux les musulmans. Je constate avec inquiétude que l’évolution de sociétés dans lesquelles les difficultés économiques vont grandissantes éloigne nombre de jeunes musulmans de la vie active et les marginalise. La frustration qui en découle peut alors contribuer à une radicalisation religieuse qui se transforme en conflit contre la société séculaire. Des questions comme la liberté d’expression et le blasphème ont été et seront encore à l’origine de débats explosifs et d’affrontements. Je suis préoccupée par la place à laquelle les juifs sont reléguées lors de la confrontation entre ces deux groupes et deviennent victimes. A Copenhague et à Paris, des civils juifs sont morts dans des attaques planifiées, et dans le même temps, le but premier des terroristes était d’atteindre des institutions défendant la liberté d’expression. Cette forme d’antisémitisme doit être combattue, tout comme l’islamophobie attisée après ces attaques terroristes. Aujourd’hui, les jeunes musulmans de Norvège et d’Occident ne devraient pas avoir à supporter d’être suspectés de sympathie avec ces actes ni rendus responsables d’opinions qu’ils n’ont pas ou de faits auxquels ils sont étrangers.
En tant que citoyenne d’origine juive, je serais heureuse de voir mes amis, des hommes et des femmes d’origines et de confessions différentes porter un symbole de paix et d’acceptation de l’autre, tel que Coexista.

VISION
Coexista correspond à un besoin idéologique et psychologique. Coexista vous permet de rendre visible votre désir d’encourager la tolérance, la cohabitation pacifique dans une société multiculturelle. Mon espoir est qu’en donnant à chacun et à chacune la possibilité de prendre position, et dans le même temps, de contribuer financièrement par le don d’une partie des recettes à des œuvres caritatives en accord avec le message du bracelet, Coexista ait une incidence constructive tant sur le plan individuel que sociétal.
De plus, je souhaite que Coexista encourage le débat et la prise de conscience. J’espère de tout mon cœur que votre bracelet Coexista sera pour vous et pour d’autres, nombreux, source de rencontres et d’échanges enrichissants.

fredens_sirkel-1Le cercle de la paix autour de la synagogue d’Oslo, 21 février 2015.